Pour une relation responsable et épanouissante, sortir du triangle infernal

Par Isabelle Laurent, conseillère conjugale et familiale à la Maison des Familles de Lyon

 

 

En entretien, j’entends souvent un conjoint se plaindre que l’autre ne fait pas ce qu’il faut pour que tout se passe au mieux.

Nous mettons alors en évidence que chacun se retrouve dans une posture particulière présente dans le triangle de Karpman[i]. Ce triangle se nomme aussi triangle dramatique ou infernal, ce qui donne une idée du résultat quand le couple ou les différents membres d’une famille entre dans ce triangle.

 

3 postures différentes composent ce triangle : Victime, bourreau (ou persécuteur) et sauveur

 

Entrer dans le triangle, c’est entrer dans un jeu psychologique où chacun endosse un rôle, et bien souvent, en réaction de celui pris par le partenaire. Les rôles s’interchangent rapidement mais il arrive aussi que l’un des partenaires ait une prédilection pour un rôle spécifique. Entrer dans ce jeu est destructeur pour la relation, amène aux conflits et épuise chacune des parties. Ce jeu de rôle peut être conscient ou inconscient, les partenaires y entrent alors sans s’en rendre compte.

 

Deux exemples :

La mère de famille qui est aux petits soins à l’excès se trouve dans une position de sauveuse. Lorsqu’elle n’en peut plus, elle reproche aux autres membres de la famille qu’elle fait tout. Elle devient alors persécutrice par ses reproches. Puis, elle deviendra une victime en se plaignant que personne ne l’aide.

Monsieur console sa conjointe qui est fatiguée et vit beaucoup de stress au travail. Il prend une posture de sauveur. Il lui apporte des solutions : faire du sport, chercher un poste ailleurs, s’affirmer…Voyant que sa conjointe ne saisit pas les perches tendues, il devient persécuteur en exprimant son mécontentement devant la passivité de sa conjointe (vue comme telle de son point de vue à lui !) et en victime en exprimant qu’il se sent seul, que la situation impacte son moral, qu’elle ne s’occupe plus de leur relation.

 

Description de chaque posture et avantages à être dans ce rôle

La VICTIME

Elle se plaint, subit, peut être renfermée ou expansive, se sent inférieure et incapable de se prendre en charge. Ce qui lui arrive est de la faute des autres. Elle s’installe dans une passivité, une impuissance et de la frustration. Elle se victimise !

Ce comportement apporte quelques bénéfices : elle attire l’attention et l’apitoiement de son entourage, elle prend de la place en exprimant ce qui lui arrive. Se plaindre est une façon d’exister. Elle se décharge de la responsabilité de ce qui lui arrive. Elle sera prise en charge par un sauveur.

Quand une personne rentre dans le rôle de la victime, elle attire à elle une personne qui va endosser un rôle de sauveur ou de persécuteur.

 

Le SAUVEUR

Il est dans le sacrifice de lui-même, pense aux autres avant lui, aide l’autre avant même qu’une demande soit exprimée, croit savoir ce qui est mieux pour l’autre, infantilise et prend en charge l’autre, donne des conseils, fait à la place de l’autre. Il est dans une dépendance aux autres.

De cette posture, le sauveur en tire des bénéfices : En pensant aux autres, il ne s’occupe pas de ses problèmes, il a la conscience tranquille, cela lui évite de se culpabiliser, il est irréprochable, il se sent utile, important, valorisé par ce qu’il fait. Aider donne une consistance à son existence.

 

Le PERSECUTEUR ou le bourreau

Il blâme, critique, pointent les défauts des autres, contrôle, rabaisse, méprise, dévalorise voire humilie. Il est agacé par les plaintes de la victime. Les autres sont responsables de son comportement. Il se sent supérieur aux autres, plus compétent et le fait savoir.

De cette posture, le persécuteur en tire des bénéfices : cette posture lui donner une certaine confiance, assurance, une illusion de pouvoir et de domination.

Ces différentes postures et les bénéfices tirés de ces comportements cachent bien souvent une faible estime de soi et une difficulté à prendre en charge ses émotions et ses besoins, à s’affirmer et à trouver une juste place dans la relation.

 

Sortir du triangle

Pour le bien-être de la relation, sortir de ce triangle infernal est primordial.

Pour cela, il est nécessaire de repérer rapidement le jeu dans lequel je rentre, le rôle que j’endosse dans certaines situations. Je vais aussi m’atteler à repérer le rôle dans lequel s’inscrit mon partenaire afin de ne pas prendre le rôle qu’il ou elle attend de moi à ce moment précis.

Être au clair des jeux de rôle possibles facilite la capacité à en sortir rapidement.

 

Se positionner différemment

Pour la victime : apprendre à reconnaître ses besoins, faire des demandes claires et précises sont autant de capacités à développer afin de se prendre en charge sainement sans mettre en péril la relation. Il convient de s’interroger sur les ressources nécessaires à mettre en place et se responsabiliser pour les développer en vue d’un nouveau fonctionnement.

Pour le sauveur : se recentrer sur soi, arrêter de penser pour les autres, reconnaître ses propres besoins et y répondre est un défi à relever afin de ne pas se perdre dans les autres. Apprendre à dire non, attendre que l’autre demande clairement de l’aide avant d’intervenir, renvoyer les personnes à leur propre responsabilité et solliciter leur propre capacité à se prendre en charge sont des attitudes à cultiver.

Pour le persécuteur : Passer du « tu » qui tue la relation au « je » en exprimant clairement ses besoins et avec humilité ses propres limites, apprendre à négocier dans la bienveillance, collaborer, devenir force de proposition pour sortir des situations conflictuelles sont des atouts à valoriser.

 

Mieux se connaître, repérer le rôle endossé régulièrement, sortir du jeu rapidement évitent de reproduire une même dynamique conflictuelle. Commencer un nouveau jeu où chacun se positionne différemment et prend sa part de responsabilité favorise la construction d’une relation épanouissante et dynamique.

Maintenant, à vous de jouer !

 

Par Isabelle Laurent, conseillère conjugale et familiale à la Maison des Familles de Lyon

[i] Karpman : médecin psychiatre, grande figure de l'Analyse Transactionnelle

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