NOS DIFFÉRENCES : PÉPITES OU PÉPINS ?

Par Isabelle Laurent, conseillère conjugale et animatrice de l'atelier Estime de soi à la Maison des familles de Lyon.

"Nous sommes trop différents, nous n’avons plus rien en commun". Cette parole est souvent exprimée par des couples lors du premier entretien de conseil conjugal.

Bonne nouvelle : il n’est pas nécessaire d’être des clones pour être heureux ensemble ! Bien au contraire, nos différences font la richesse de notre couple et nous poussent à nous dépasser.



UN COUPLE : 2 MONDES DIFFÉRENTS QUI SE RENCONTRENT

Chacun a vécu dans une famille, reçu une éducation, eu sa propre histoire de vie, fait des rencontres et des expériences. Chacun a ses particularités, son originalité, sa singularité, ses compétences, ses qualités, ses faiblesses, son identité propre. Tout cela a modelé une manière de penser, de vivre, de croire, de travailler, d’être en relation, de s’exprimer… Pour toutes ces raisons, l’autre est différent.

 

« Lorsqu'un homme et une femme apprennent à se respecter mutuellement et à accepter leurs différences, alors leur amour peut atteindre sa plénitude. »

John Gray

 
J’ai souvent entendu cette réflexion :

« Quand j’ai rencontré mon partenaire, des traits de caractère différents des miens m’ont plu, m’ont attiré. L’autre m’ouvrait à un monde inconnu. Mon horizon s’élargissait. Mes possibles et mes capacités augmentaient à son contact. »

Un premier exemple

Un taiseux tombe amoureux d’une personne pour qui la parole est facile. D’ailleurs, cette personne a même réussi pendant un temps à faire parler celui qui parle peu. Et c’est bon de parler ! Pour celui qui parle beaucoup, se taire, être à l’écoute, vivre des moments de silence avec l’autre est aussi bénéfique et reposant.

Mais quelques années plus tard : le taiseux dira : « Mon conjoint m’énerve, il parle pour ne rien dire, veut toujours me tirer les vers du nez. Cela devient insupportable. »

Celui qui a la parole facile dira : « Mon conjoint ne dit rien, j’ai l’impression de parler à un mur, je n’en peux plus ! »

Un deuxième exemple

Une personne désordonnée (désordonnée dans son appartement mais aussi dans l’organisation de sa vie) tombe amoureuse d’une personne qui aime les choses bien rangées ainsi que les activités planifiées et organisées. Au début de leur union, le conjoint désordonné apprécie le côté bien rangé de son partenaire et l’ordonné apprécie le côté fantaisiste de l’autre.  Et cela fait du bien à chacun !

Mais quelques années plus tard, le côté bien rangé de l’un est qualifié de maniaquerie insupportable par son conjoint. L’ordonné ne supporte plus le côté désordonné et fantaisiste de son partenaire, et il devient très critique.

Comme nous le voyons, au début de la relation, les différences attirent, la joie de la découverte et de se dépasser est présent. Quelques années plus tard, ces mêmes différences agacent, énervent. La relation se gâte. Chacun revient dans sa zone de confort, il est difficile de rejoindre le terrain de l’autre.

DÉPASSER LES DIFFÉRENCES DANS UN COUPLE

Dépasser les différences dans un couple repose sur 3 points essentiels :

  • Accepter et accueillir que l’autre est différent de soi ;
  • Être convaincu que l’autre ne fait pas ce qu’il fait contre moi mais parce que cela a du sens pour lui et s’inscrit dans son histoire de vie ;
  • Renoncer à un partenaire comblant qui serait comme je voudrais qu’il soit et qui répondrait à toutes mes attentes.

Dépasser les différences, c’est choisir d’explorer le monde de l’autre en allant à sa rencontre pour mieux le comprendre. Cette démarche demande un minimum d’efforts. Avec le temps, aimer devient une histoire de volonté, de choix, d’ouverture de cœur.

Dépasser les différences, c’est, certes, partir à la découverte de l’autre mais c’est aussi partir à sa propre découverte et élargir ses capacités.

Reprenons l’exemple précédent : pour parler et partager avec son partenaire, il est nécessaire d’être connecté à soi, d’être en capacité de reconnaître ses besoins, ses émotions, ses désirs. Exprimer ce qui rend vivant et anime nourrit l’intimité du couple. Pour les exprimer, la personne doit avoir la certitude que ses paroles seront accueillies avec bienveillance et sans jugement.

Pour celui qui parle beaucoup, apprendre à écouter laisse une place à l’autre et donne l’occasion de s’enrichir de l’autre.

Dans le deuxième exemple, que se passerait-il si le conjoint baissait ses exigences de rangement et de planification ? Moins tyrannique envers lui-même et son conjoint, il favorisera l’installation d’une souplesse et d’une légèreté dans le quotidien. Etonnamment, ce lâcher prise permettra à l’autre de prendre des initiatives et de mettre en place ses fantaisies.

Pour cela, chacun aura peut-être besoin d’aide : se faire accompagner par un professionnel, vivre un week-end pour couple ou sur la communication, lire un livre sur les émotions…

Si chacun fait un pas sur le terrain qui n’est pas le sien - oser une parole ou retenir une parole et être à l’écoute de l’autre ; lâcher des exigences de rangement et de planification ou organiser ses fantaisies -, chacun va grandir.

Dépasser les différences invite à descendre au fond de soi et à accueillir avec bienveillance sa vulnérabilité, ses propres fragilités et ses peurs. Ce désir de dépassement pousse à lâcher ses assurances et à augmenter ses capacités. Chacun grandit alors en humanité et rend possible la rencontre avec l’autre dans une bienveillance et une écoute renouvelée.

Nos différences sont :

Des pépins quand je ne bouge pas et pense que c’est à l’autre de bouger.

Des pépites quand je décide de bouger, de m’ouvrir à de la nouveauté.

 

Et vous, vos différences ? Pépins ou pépites ?

Retour