Quels signes de reconnaissance échangeons-nous en famille ?

Quand on ne parvient pas à se parler en famille ...

Par Charlotte Huot, médiatrice familiale  à la Maison des Familles de Lyon
Publié le 27 Mai 2019

De nombreux parents arrivent en consultation de médiation familiale avec la plainte suivante :
« On n’arrive plus à se parler dans notre famille, on ne fait que se crier dessus. On répète 50 fois la même chose, les enfants n’obéissent pas. On n’en peut plus ».

Toute la famille souffre de cette situation : les parents sont énervés et épuisés, se font des reproches, les enfants se disputent, crient, s’agitent. Et lorsque les jeunes sont des ados, la situation devient souvent explosive : les portes claquent, les insultes pleuvent, les coups aussi parfois. Certains n’ont plus qu’une idée : partir de la maison au plus vite ; d’autres retournent la violence contre eux-mêmes et peuvent avoir des conduites à risque : sorties sans limites, consommation d’alcool ou de drogue, fugues…

 

Que se passe-t-il ? Comment en arrive-t-on là ? Eric Berne, le fondateur de l’analyse transactionnelle, a développé le concept des signes de reconnaissance qui est intéressant pour analyser ce qui peut dysfonctionner dans la communication familiale.

Pour Eric Berne, chaque nouveau-né a un besoin fondamental dès sa naissance qui est de recevoir des stimulations sensorielles : il a besoin d’odeurs, de sons, de caresses, de chaleur, de mots et de lait.
Des études ont montré qu’un nouveau-né peut être nourri et pour autant se laisser mourir s’il est privé de contact humain, de relation[1]. La « soif de stimulation » est vitale, c’est une véritable nourriture pour le tout-petit.

Lorsque nous grandissons, cette soif de stimulation évolue et se transforme en besoin de reconnaissance. Peu à peu, le petit enfant développe sa capacité à se satisfaire de marques d’attention de la part de son entourage, qui sont comme des caresses pour lui : un mot, un sourire, un applaudissement, un compliment un bon goûter… L’enfant a toujours autant besoin de contact physique mais il peut se satisfaire de compromis et prend la moindre marque d’attention comme le symbole d’un échange physique. Ce sont ces marques d’attention qu’Eric Berne nomme signes de reconnaissance, c’est-à-dire « tout acte impliquant la reconnaissance de la présence d’autrui »[2].

Il existe différents types de signes de reconnaissance :

  • Verbaux ou non verbaux : des mots ou un geste, un rire, un regard.
  • Positifs ou négatifs : un compliment ou un reproche.
  • Conditionnels ou inconditionnels : les signes conditionnels concernent le comportement (« merci de m’avoir rendu ce service » ou « C’est insupportable que tu rentres si tard sans me prévenir ») ou sur la personne (« j’adore passer du temps avec toi » ou « tu es un bon à rien »).

Certains signes de reconnaissance sont constructifs et participent à notre développement et à notre bien-être (« ta jupe te va bien », « je t’aime », « bravo pour ton résultat ! », un sourire…), d’autres sont au contraire destructeurs et sapent notre estime et notre confiance en nous (« ton devoir est nul », « tu es sot », « tu n’y arriveras jamais », un soupir d’énervement, une gifle…).

Mais quoi qu’il en soit, nous recherchons tous des signes de reconnaissance car nous ne pouvons pas exister sans : c’est notre carburant ! Donc mieux vaut un signe de reconnaissance destructeur plutôt que rien. Autrement dit, nous préférons tous recevoir un « coup » (symbolique ou réel) plutôt que de subir l’indifférence de l’autre.

 

Et si on apprenait ensemble à communiquer différemment ?

La manière dont nous échangeons ces signes de reconnaissance en famille est intéressante à analyser et chacun peut se poser les questions suivantes : qu’en est-il de ma capacité à en donner ? A en recevoir ? A en demander ? A en refuser ? Quels types de signes de reconnaissance je donne le plus souvent : positifs ou négatifs ? Conditionnels ou inconditionnels ? Et les parents peuvent aussi s’interroger sur comment s’échangeaient les signes de reconnaissance dans leur famille d’origine.

Les réponses à ces questions peuvent permettre aux parents et aux enfants de prendre conscience de ce qui fonctionne bien et moins bien : quels sont les signes de reconnaissance qui manquent ? Quels sont ceux qui sont en excès ? Quelle part de positif et de négatif ? De quoi aurions-nous besoin pour mieux communiquer ensemble ?

Parfois, les parents prennent conscience qu’ils fonctionnent comme leurs propres parents avec eux lorsqu’ils étaient enfant. Ce sont d’ailleurs bien souvent les enfants qui pointent les similitudes :
« tu parles comme mamie, en criant ! » ou encore « tu me critiques tout le temps, comme grand-père ! ».

Apprendre à communiquer différemment est possible à tout âge. Certes, le changement ne se réalise pas du jour au lendemain car les habitudes sont tenaces et « confortables » car connues. Ceci dit, pas à pas, nous pouvons modifier notre manière d’être en relation avec nos proches et apprendre à échanger des signes de reconnaissance constructifs, qui sont autant de facteurs de motivation et qui contribuent au développement de l’estime de soi.

Pour conclure, je vous recommande la lecture en famille du livre de Claude Steiner Le Conte chaud et doux  des Chaudoudoux[3] qui symbolise les échanges des signes de reconnaissance. Bonne lecture !

Charlotte Huot

 

Bibliographie

BERNE Eric, Que dites-vous après avoir dit bonjour ?, Tchou

BERNE Eric, Des jeux et des hommes, Stock

 

[1] Cf les travaux de René Spitz sur l’hospitalisme et ceux de John Bowlby sur l’attachement.

[2] BERNE Eric, Des jeux et des hommes, Stock, 1998, p.15.

[3] Claude Steiner, psychologue, était l’un des disciples d’Eric Berne.

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