LE CONFINEMENT CONTINUE

Par Isabelle Laurent, conseillère conjugale et animatrice de l'atelier Estime de soi à la Maison des familles de Lyon.

Publié le 30 mars 2020

Restez chez vous : injonction que nous entendons en boucle chaque jour dans tous les médias.
Difficile confinement !

Cependant, dans toute situation imposée, il nous reste une part de choix, de décision libre.
Alors, allons-y, prenons le chemin ! Passer du « il faut » à « je choisis » est nécessaire dans cette période de confinement, mais aussi valable pour toutes les situations de notre vie.

Poser un choix libre dans ce qui m’est imposé est bon, sinon je vais vivre de nombreuses frustrations qui vont me contrarier, me faire vivre de multiples émotions désagréables comme la colère, le découragement, la tristesse... Poser des choix libres, dans le respect de mon entourage, me fait gagner en liberté intérieure et apporte de la joie et de la fierté.

Quelques pistes à explorer…

Donner du sens, de la valeur à ce confinement. Le sens que je donne fait appel à mes valeurs, à ce qui compte pour moi, à ce qui me motive, m’habite. Le sens peut aussi m’ouvrir aux autres, à ce que je souhaite vivre avec les autres, m’aider à prendre conscience de la contribution que je souhaite apporter pour un monde plus juste, meilleur… Il peut être important de nommer le sens que je veux donner à ce confinement, les valeurs auxquelles ce sens fait appel chez moi.

Nommer précisément ce à quoi je renonce momentanément avec le confinement. Je peux l’écrire. Quand j’aurai de nouveau la possibilité de le vivre, je saurai l’importance que cela a pour moi et j’en goûterai d’autant plus la saveur. Quand je le vivais tous les jours, je ne savais même pas que c’était si important pour moi ! Le reconnaître humblement, c’est aussi me connaître davantage et gouter le bonheur de le vivre quand ce temps me sera donné.

Me faire confiance, faire confiance aux ressources que j’ai en moi. En effet, de nouvelles initiatives germent dans l’ennui ou lorsque nous sortons de nos zones de confort. J’ai en moi un pouvoir de créativité que je n’exploite pas dans mon quotidien si encombré. Être à l’écoute de mes aspirations profondes et oser les mettre en œuvre.

Nous voyons aujourd’hui cette créativité s’exprimer dans toutes les initiatives mises en œuvre dans les immeubles, dans les quartiers. Par exemple, cette page Facebook créée par les habitants d’un immeuble : une artiste compose des coloriages pour les enfants, un autre habitant a sorti ses livres d’enfants pour raconter une histoire aux enfants de son immeuble… Il y a aussi tous ces services rendus, ces tuyaux échangés, ces recettes partagées, ces apéros au balcon avec mes voisins à qui je n’adressais jamais la parole avant que le coronavirus n’apparaisse...

Me préserver un temps de solitude pour me retrouver dans cette désorganisation familiale et professionnelle

Passer du il faut à je choisis

Ce passage du « il faut » à « je choisis » demande un peu de gymnastique intérieure. Ce n’est pas seulement mettre un mot à la place d’un autre. Pour permettre cette gymnastique, posez-vous la question « Que se passerait-il pour moi si… ? » qui permet de mettre en évidence mes résistances, mes freins, mes peurs… pour les lever et élargir ainsi mon champ des possibles.

Il « faut » que j’occupe les enfants, organise la vie de la maison, prenne soin de notre couple.

  • Que se passerait-il pour moi si le temps d’un jeu avec mes jeunes enfants, j’organisais mon salon en parcours de motricité ? Que se passerait-il pour moi, pour mon entourage ? Cela perturberait-il l’ordre que j’ai établi ? Et si je lâchais un peu de lest un temps donné ? Je prends conscience de mes freins, je prends conscience de la joie que pourrait éprouver les enfants, du bienfait d’un temps différent où les enfants pourraient se défouler et moi, lâcher prise… et cela en posant un cadre précis dans le temps de cette récréation particulière. Je « choisis » donc d’organiser mon salon en parcours de motricité après avoir pris conscience des freins, m’être autorisé-e à les lever et avoir regardé les bénéfices que je pourrais obtenir.
  • Que se passerait-il pour moi si je sollicitais la contribution des membres de la famille plutôt que de tout organiser moi-même ? Les choses ne seraient peut-être pas aussi bien faites ? Ai-je peur qu’ils prennent des libertés que je ne leur octroie pas d’habitude ?
  • Que se passerait-il pour moi si je faisais des propositions inhabituelles à toute la famille ?
    Des propositions inhabituelles comme :

- Organiser une journée festive (oui, oui, une journée festive dans notre petit appartement alors que cela fait déjà plusieurs jours que nous sommes confinés !) avec un repas de fête, confectionné de petits plats inhabituels glanés sur Pinterest ou autre site, plats confectionnés par toute la famille en fonction de l’âge de chacun, une table parée de décorations fabriquées par chacun en fonction de son âge,

- Rendre le temps de déjeuner ensemble, finir cette journée par une « petite boum familiale » ou un jeu de société et laisser la joie d’être ensemble s’exprimer. Pendant le repas, répondre à cette question : de quoi je suis fier(e) ? Exprimer une fierté et accueillir la fierté de chacun sans jugement.  

  • Que se passerait-il si j’osais faire une proposition inhabituelle à mon conjoint : nous exprimer 3 mercis, 3 moments de notre vie de couple les plus significatifs pour chacun, dire à l’autre ce que j’aime chez lui, chez elle ; lui demander pardon… Habituellement, est-ce que j’ose exprimer le fond de ma pensée, de mon cœur, ce dont je rêve secrètement pour mettre un peu de fantaisie dans notre quotidien bien installé et occupé ? Que se
    passerait-il si j’osais ?

Il y a bien sur autant de réponses à cette question que de situations personnelles car chacune a ses propres résistances et freins. Repérer ses freins est la 1ere étape pour les dépasser, aller plus loin, et prendre une décision pour donner le meilleur de soi.  

Poser des actes choisis au milieu d’évènements qui me sont imposés, c’est retrouver de la liberté intérieure. Et si le confinement me permettait, en fin de compte, d’agrandir mon horizon intérieur, mes possibles, mes capacités pour mon bien et le bien de mon entourage ?

Par Isabelle Laurent, conseillère conjugale et animatrice de l'atelier Estime de soi à la Maison des familles de Lyon.

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