Divorce, séparation : comment la médiation familiale peut aider à surmonter le choc ?

Par Charlotte Huot, médiatrice familiale à la Maison des Familles de Lyon
Publié le 11 février 2019

Aujourd’hui en France, les couples sont de plus en plus instables dans le temps et le nombre de séparations continue d’augmenter. Une enquête parue en 2015 indiquait que « fin 2013, une personne sur trois âgée de 26 à 65 ans et vivant en couple a déjà vécu une séparation » [1]

Si ces ruptures conjugales font partie de notre paysage social et tendent à être banalisées dans les médias, elles sont pourtant le plus souvent vécues comme un choc, voire un traumatisme avec parfois des dommages psychologiques et physiques : angoisses, insomnies, dépressions et parfois mêmes addictions, tant pour les adultes que pour les enfants.

ACCOMPAGNER LA SÉPARATION EN MÉDIATION FAMILIALE

En médiation familiale, lorsque je reçois des personnes qui se séparent ou divorcent, je les entends souvent dire qu’elles se sentent complètement perdues, déboussolées. Elles peuvent vivre que leur monde s’écroule et qu’elles ne savent pas si elles vont être capables de se relever. Je prends alors le temps d’accueillir les émotions de chacun, de les nommer, et je leur dis que la séparation est pour la plupart des personnes un choc psychologique dans leur vie qui amène chacun à ressentir de nombreuses émotions.

Comment mettre du sens sur ces vécus difficiles et douloureux ? La séparation fait prendre conscience des nombreuses pertes à venir pour chacun : c’est la fin de la relation conjugale, de la vie de famille telle que les personnes l’ont connue jusque-là, c’est aussi parfois la vente du logement familial pour l’un et / ou l’autre et pour les enfants et donc la sensation de perdre toute une partie de sa vie rattachée à ce lieu. C’est bien souvent un vécu de perte de sens et de perte de lien.

Toutes ces pertes sont autant de deuils à effectuer pour traverser la crise et être à nouveau capable de trouver du sens à sa vie, d’avancer vers la sérénité, d’être à nouveau dans une dynamique de vivre et construire des relations enrichissantes. Vivre un deuil, c’est parcourir un chemin plus ou moins long pour chacun, qui comprend plusieurs étapes. Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre du XXème siècle, a particulièrement étudié le deuil et ses différentes phases émotionnelles, notamment auprès de personnes en fin de vie. Sa théorie peut être transposée pour tout vécu de perte et est souvent représentée par la courbe du deuil, ou courbe du changement ci-dessous :

Chaque étape est nécessaire pour avancer et chaque personne les vit à son rythme, à sa manière, avec plus ou moins de facilité, pas nécessairement linéairement et dans cet ordre, avec parfois des allers-retours. Il peut arriver que l’un ou l’autre reste bloqué dans l’une de ces étapes : rester en colère et continuer à en vouloir à l’autre sans parvenir à voir sa part de responsabilité dans cette rupture, se sentir désespéré et vivre de s’enfoncer dans une dépression, se sentir abandonné et vivre dans la peur de se retrouver seul. Dans ce cas, je peux inviter les personnes à rencontrer un psychologue ou un psychothérapeute qui pourra les accompagner et les soutenir personnellement dans cette période : être en lien avec une personne bienveillante, à l’écoute, extérieure à la famille et au conflit peut aider à traverser la crise, à cheminer vers une autre étape puis vers l’acceptation.

 

TOUT CHANGEMENT NÉCESSITE DU TEMPS

Lors de la médiation, mes interventions visent notamment à faciliter l’expression des émotions afin que chacun puisse entendre ce que vit l’autre, où il en est, pour ensuite envisager l’avenir et notamment toutes les questions concrètes liées à la séparation : le logement, la résidence des enfants, la pension alimentaire, la communication que les parents vont mettre en place concernant leurs enfants, …

Ce qui est important, c’est que les personnes entendent que le changement s’effectuera lentement, par petits pas. Faire le deuil d’un couple conjugal et construire une équipe parentale prend du temps, le temps des deuils à vivre pour chacun. La médiatrice familiale accompagne les personnes vers cette transformation en leur proposant un espace d’écoute et de dialogue, un cadre au sein duquel chacun est invité à construire avec l’autre une nouvelle manière d’être en relation.

Charlotte Huot

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